Alsace : Gestion des effluents d’élevage, des solutions pour préserver l’air, protéger l’eau et le sol

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Une journée technique a apporté des réponses concrètes à un enjeu central. Entre stratégies d'enfouissement rapide, gestion fine de la pression au sol, et respect des périmètres de captage, les leviers opérationnels sont multiples. Retour sur les ateliers et démonstrations dynamiques du 24 septembre 2026.

Organisée à Mussig (67), avec le GIEE de la CUMA de l’Ill, la journée a rassemblé une cinquantaine d’agriculteurs du secteur ainsi que des classes du lycée agricole et du CFA d’Obernai se sont retrouvés pour assister à des ateliers et des démonstrations de matériel.

Jonathan Neff, trésorier de la CUMA de l’Ill a introduit la journée

Des ateliers techniques pour aborder la préservation de l’air, et la protection de l’eau et du sol

Un premier atelier, animé par Joris Paroisse, chargé de mission à la FRCUMA Grand Est, expliquait le lien entre qualité des épandages et qualité de l’air. En effet, 90% des émission d’ammoniac dans l’air seraient d’origine agricole ; cet ammoniac réagit avec le CO2 de l’air pour former du nitrate d’ammonium, qui est une particule fine très polluante.

En agriculture, les postes d’émission d’ammoniac sont les suivants : la fertilisation minérale (26%), la gestion des effluents au bâtiment (22%), les chantiers d’épandage d’effluents (18%) et le stockage des effluents (18%).

Le phénomène de volatilisation d’azote dans l’air se produit dès le contact de l’air avec les effluents

Plus longtemps les effluents sont au contact de l’air, plus la volatilisation de l’azote dans l’air sera importante. Cette volatilisation d’azote dans l’air représente également une perte à la fois agronomique, mais aussi économique pour l’agriculteur. Le projet AgriQ’air/Réac’air a pour but d’évaluer les pertes azotées lors des chantiers d’épandage, en comparant les différents outils existants.

Atelier « Qualité de l’air », animé par Joris Paroisse

« Tout se joue dans les quatre heures qui suivent l’épandage » explique Joris Paroisse

Si les effluents sont enfouis directement, les pertes d’azotes restent généralement inférieures à 5%.

Réduire son impact sur la qualité de l’eau : réglementation et solutions

Mathilde Kauffer et Juliette Kohler

Le second atelier était animé conjointement par Juliette Kohler du SDEA (Syndicat Départemental des Eaux et de l’Assainissement d’Alsace-Moselle) et Mathilde Kauffer de la Chambre d’agriculture Alsace, pour rappeler les enjeux de qualité d’eau vis-à-vis des nitrates. La nappe phréatique présente aujourd’hui des taux de nitrates inférieurs à la norme de 50mg/L, mais il apparaît nécessaire de mettre en place des mesures de prévention des pollutions aux nitrates pour maintenir l’eau de la nappe potable.

Des périmètres de protection des captages (immédiat/rapproché/éloigné) sont mis en place, avec des mesures de protection spécifiques à chaque périmètre.

Il est ainsi interdit d’épandre des effluents d’élevage sur les périmètres de protection immédiats par principe de précaution, pour limiter tout risque de contamination bactériologique.
Sur les périmètres de protection éloignés, et de façon générale, il s’agit de raisonner au mieux ses apports azotés, afin de limiter le risque de lixiviation de l’azote en excès vers la nappe phréatique. Les conseillers rappellent ensuite l’importance du rôle des couverts à l’automne, pour absorber les surplus d’azote minéral du sol après la culture, ainsi que l’intérêt de faire régulièrement des mesures de reliquats azotés, pour estimer au mieux ses apports au printemps. Le SDEA clôture son atelier par une présentation de leurs dispositifs de PSE (Paiements pour Services Environnementaux) cofinancés par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, permettant de rémunérer les agriculteurs volontaires pour préserver la ressource en eau. Ce dispositif valorise des pratiques vertueuses pour la qualité de l’eau, comme la mise en place de couverts végétaux ou la mise en place de cultures à bas niveaux d’impacts.

Structure et matière organique du sol : le point de départ de la fertilité

Olivier Rapp de la Chambre d’agriculture d’Alsace, animait un atelier pour faire le lien entre le tassement et le rôle des matières organiques dans le sol, à travers l’observation d’un profil de sol de 45 cm de profondeur. L’épandage d’effluents d’élevage nécessite le passage d’engins lourds sur les parcelles, ce qui risque de créer des zones tassées dans les sols. Une zone tassée comprend peu de porosité ; tout l’air contenu dans le sol est ainsi chassé à cause du passage des engins. Ce manque de porosité et d’aération du sol va altérer l’activité biologique du sol, indispensable à sa structuration et à sa portance. Un sol tassé peut faire perdre jusqu’à 20% de rendement.

Olivier Rapp, devant le profil 3D illustrant son atelier sur le tassement du sol

Pour gérer au mieux les risques de tassements, Olivier Rapp propose de comparer des modélisations de trois systèmes d’épandage, grâce au logiciel de simulation des tassements Terranimo, disponible en ligne gratuitement.

La comparaison d’une tonne deux essieux de 25 tonnes, d’une tonne trois essieux de 25 tonnes et d’une tonne trois essieux de 30 tonnes fait apparaître que l’ensemble à deux essieux va tasser le sol plus en profondeur que les ensembles à trois essieux. Cependant les ensembles à trois essieux vont tasser moins en profondeur, mais sur une surface plus large ; néanmoins le tassement superficiel reste plus facile à rattraper avec des outils mécaniques ou par l’action des racines des plantes.

Épandage : présentation des matériels en action

La suite de l’après-midi était consacrée à des démonstrations de matériels d’épandage d’effluents liquides et solides.

Les établissements Schnell présentaient un épandeur pour effluents solides Perard CE150, d’une capacité de 15m3, permettant d’épandre une grande diversité de produits solides (fumier, compost, fientes). La particularité de cet épandeur est qu’il est équipé d’un hérisson à double spire, permettant d’avoir une meilleure qualité d’épandage. Le débit d’épandage peut varier de 2 tonnes à 20 tonnes/ha, et la largeur peut aller jusqu’à 24 mètres selon le modèle de hérisson. Les équipements Perard sont fabriqués de A à Z dans l’usine de Verdun.

L’Entreprise de Travaux Agricoles Gerber de Sundhouse ont apporté leur automoteur d’épandage Holmer Terra Variant 435, équipé d’une rampe à patins et d’un déchaumeur de six mètres. Les roues à basse pression de cette machine permettent d’entrer plus tôt dans la saison sur les parcelles, notamment au printemps. La pompe de remplissage, d’un débit de 9000L/min, permet de remplir la cuve de 16m3 en à peine trois minutes. Ce type d’outil est idéal pour réaliser des chantiers dissociés, avec ravitaillement au champ.

Bauer et les établissements Serma présentaient ensuite une tonne à lisier de 21 m3, équipée d’une rampe à patins Bomech de 15 mètres équipée du système Farmer. Cette tonne à lisier en polyester renforcé de fibre de verre est deux à trois tonnes plus légère qu’une tonne équivalente en acier galvanisé. Sa pompe à vis peut atteindre un débit de remplissage pouvant aller jusqu’à 6000L/min, et dispose d’un évacuateur d’air, ce qui permet d’éviter le phénomène de pression/dépression dans la cuve.

Les établissements Euro Baehrel sont venus avec une tonne à lisier Pichon en acier galvanisé de 15m3 de la gamme SV, équipée d’une rampe à patins Bomech. Cette tonne polyvalente existe en version simple essieu ou double essieu, et dispose d’une capacité allant de 6 à 21m3. Différents bras de pompage sont disponibles pour le remplissage de la cuve : bras plongeur, bras tourelle ou bien remplissage au cône avec une pompe externe depuis un caisson. La tonne dispose d’un accélérateur de remplissage et de vidange pour limiter les échauffements au sein de la cuve, ainsi que d’un dosimètre qui va piloter la dose d’épandage.

Les établissements Agrimat présentaient une tonne à lisier de la marque irlandaise SlurryKat de 18m3 associée à sa rampe à pendillards pouvant aller jusqu’à 24 mètres de largeur. La particularité de cette marque est de fabriquer des équipements adaptés pour travailler en conditions humides, et également sur prairies. La cuve en acier galvanisé a une épaisseur de seulement 6 mm, ce qui lui fait perdre jusqu’à deux à trois tonnes par rapport à une tonne d’une autre marque. La rampe d’épandage est pratiquement collée à l’arrière de la cuve de façon à mieux stabiliser l’ensemble. La rampe présentée dispose du système « Splash it » : des répartiteurs de lisier sont situés à l’extrémité des pendillards, de cette façon, le lisier va être épandu sur une surface plus large au sol. Un déchaumeur peut également être monté par-dessus la rampe pour enfouir directement les effluents liquides.

Enfin, c’était au tour des établissements Swisstec AG d’introduire leur tonne à lisier et leur rampe d’épandage à patins Schleppfix, pouvant aller jusqu’à 15 mètres de large. Cette rampe peut se monter sur n’importe quelle tonne à lisier, même ancienne. En sortant de la cuve, le lisier est propulsé dans des modules de distributions (de un à cinq selon la largeur d’épandage) par des larges tuyaux ; dans chaque module, le lisier est propulsé à grande vitesse contre une assiette de distribution, qui répartit le lisier de façon homogène dans les déflecteurs, puis il est déposé au sol grâce aux patins. Cette technologie a pour avantage de pouvoir épandre sans difficulté des lisiers épais et chargés sans risque de bouchage, et présente peu d’entretien et d’usure. Cette rampe est également très légère, et s’adapte très bien pour de l’épandage sur des parcelles en pente.

La diversité des solutions d’épandage présentées dans l’après-midi aura permis d’alimenter les réflexions des cumistes de la Cuma de l’Ill, qui ont pour projet de renouveler leur matériel au cours de l’hiver.

Anne-Laure Metz